Voici la version initiale de mon texte :
Texte de présentation (état au 30.11.09)
J’ai plusieurs noms et un visage.
Je suis prévisible.
Je suis reconnaissable.
En apparence.
Je suis mon propre outil, comme noms et comme images, comme sons et comme lumière.
Les autres sont dans mon travail parce que sans eux je ne suis qu’une boîte à outils.
Je travaille depuis un bout de temps.
Je réfléchis depuis peu.
Parfois les deux ne font qu’un.
Je suis devenue féministe un jour de colère, et plus tard ça m’a fait penser.
Ca m’a fait penser que je suis devenue artiste un jour d’excentricité, et que plus tard ça m’a fait penser.
Je ne sais pas aujourd’hui comment vivre sans ça.
Je n’apporte rien à l’art, c’est lui qui me permet,
il me permet toutes les fantaisies essentielles.
Il m’apporte un statut social, un rôle, le droit d’avoir besoin d’avoir envie de penser.
C’est pour ça qu’il m’est important de le nommer.
Je suis performeuse, sans hasard et sans précision.
Je me pose des questions sur la grande et la petite mort, tout ce qui ne vit plus autour de cet instant T qu’est la performance.
Je suis obsédée par le montage sous toutes ses formes, parce que c’est là que je trouve la difficulté ;
j’ai souvent l’impression de ne pas savoir assembler.
Je suis naïve.
Je crois profondément qu’il est possible de combattre le pouvoir en le singeant.
Je crois aussi qu’il faut utiliser les traditions pour les rendre monstrueuses.
Je crois pouvoir donner un point de vue,
que ce point de vue soit un espace,
que parfois il se déploie et se déforme pour devenir un lieu qui laisse la place à d’autres points de vue.
Voici les commentaires de Mr T :
Je pense que c’est bien.
Ca dit des choses qui sont à la fois poétiques et concrètes (poésie concrètes ?).
Mais je suis moins convaincu par les deux dernières :
“Je crois aussi qu’il faut utiliser les traditions pour les rendre monstrueuses.
Je crois pouvoir donner un point de vue, que ce point de vue soit un espace,
que parfois il se déploie et se déforme pour devenir un lieu qui laisse la place à d’autres points de vue”.
Pour ce qui est de la première, elle est trop floue en usant de mots trop précis pour dire réellement quelque chose : "traditions" ? "monstrueuses" ? Elle a soit besoin d’être clarifiée par d’autres phrases, soit reformulée, soit retirée car elle n’apporte pas grand chose à ce qui précède en l’état.
La deuxième mériterait une autre "formulation problématique" :) pour se tenir.
Tout le reste me paraît très intéressant. Je me demande s’il ne faudrait pas commencer l’interview par cette chose. Qu’on puisse lire ça et qu’ensuite l’interview commence. Ça aurait au moins le mérite de dire qu’il y a forcément un écart entre ce qui est et ce qui est commenté. Histoire d’avoir un référent quelque part ?
Voici la version avec les corrections de PM (je préfère la mienne pour l’instant)
J’ai plusieurs noms et un visage.
Je suis prévisible.
Je suis reconnaissable.
En apparence.
Je suis mon propre outil, comme noms et comme images, comme sons et comme lumière.
Les autres sont dans mon travail parce que sans eux je ne suis qu’une boîte à outils.
Je travaille depuis un bout de temps.
Je réfléchis depuis peu.
Parfois les deux ne font qu’un.
Je suis devenue féministe un jour de colère.
Plus tard ça m’a fait penser.
Ca m’a fait penser que
je suis devenue artiste un jour d’excentricité. et que
Plus tard ça m’a fait penser.
Je n’apporte rien à l’art. c’est lui qui me permet,
Il me permet toutes les fantaisies essentielles
Il m’apporte un statut social, un rôle,
Et le droit d’avoir besoin d’avoir envie de penser.
C’est pour ça qu’ Il m’est important de le nommer.
Je suis performeuse, par hasard mais avec précision.
Je me pose des question sur La grande et la petite mort m’inquiètent,
tout ce qui (ne) vit (plus) autour de cet instant T qu’est la performance.
Je suis obsédé par le montage sous toutes ses formes, parce que
C’est là que je trouve la difficulté ;
Mais j’ai souvent l’impression de ne pas savoir assembler.
Je suis naïve.
Je crois profondément qu’il est possible de combattre le pouvoir en le singeant.
Je crois aussi qu’il faut utiliser les traditions pour les rendre monstrueuses.
Je crois pouvoir donner un point de vue,
que ce point de vue soit un espace,
que parfois un espace que je déploie et déforme pour qu’il devienne un lieu,
un lieu qui laisse la place à d’autres points de vue.
Avec tous les mots barrés on est encore à + de1000 signes ! Mes remarques et barrages ne sont que des propositions pour que ton texte soit plus « nerveux » ! et avec presque une versification, une scansion. Tu en fais ce que tu veux, of course.
Le texte écrit aujourd’hui, que j’ai fait lire à Claire en cours tout à l’heure :
Nous nous demandions souvent ce qu’était la performance, sans toutefois vouloir réellement trouver une réponse. Nous pensions, peut-être, que nos réflexions participeraient à l’élaboration d’une possible définition.
« To perform ». Agir.
Pour les anglo-saxons, cela semblait moins problématique.
1. exécuter
2. accomplir
3. réaliser
4. effectuer
5. faire
6. jouer
7. représenter
8. marcher
9. fonctionner
10. interpréter
À l’heure où les écoles d’art proposaient des cours de performance, autrement dit, des « leçons d’agir », certains avaient pris le parti de nommer ainsi tous les travaux qui s’offraient « directement » au spectateur, j’entends par là « en live », en temps réel.
1. vivre
2. habiter
3. s’installer
4. résider
5. occuper
6. se nourrir
7. percher
8. appliquer
9. exercer
10. être à la hauteur de
ou
1. vivant
2. en vie
3. vif
4. actif
5. dynamique
6. sur pied
7. ardent
8. réel
9. en direct
Et dans la performance, nous avions souvent vu ce temps - à la « réalité » toute relative - confronté à d’autres temporalités. Ce que nous appelions le temps différé.
Différé = qui diffère. Ne serait-ce que de quelques secondes.
Ce sont sûrement ces quelques secondes qui étaient primordiales dans « Stranger ». Cet infime moment qui voit la pensée transformée en signes, les signes en signaux, et REWIND, vice-versa, encore encore encore encore encore.
L’aire des cercles et des traits.
Oser croire que l’on peut réunir enfin plusieurs espaces - mentaux, géographiques, virtuels, dans un temps qui n’est déjà plus le même.
Skype :
Tu disais « jour », j’entendais « bon », nous croyions nous comprendre.
OMEGLE :
People are strange over there.
No one remembers your name.
Je veux dire, vas-y, fais péter la chat-roulette.
Il aurait fallu qu’on se fiche du vivant.
Il aurait fallu qu’on ne désire pas jouer avec les choses mortes.
Notre nécrophilie nous rattrape toujours.
Adorer l’image de ce qui n’est pas là , et triturer l’objet qui nous relie à elle.
A propos de la finition fétichisante de la performance : nous avions bien un penchant pour les substituts.
La peur du vide qui nous pressait contre la vie, au prix d’envies morbides qui créaient des has been, plus possible d’exister à nouveau.
Et pendant que nous dressions des listes, d’autres performaient ce qui allait s’y ajouter.
Nous l’avions donc déjà manqué.
« Je ne crois pas du tout que ce changement vienne empirer
les choses ; bien au contraire. Mais il s’agit d’un changement,
et pour moi changer, passer d’un état à un autre, est une mort
partielle ; c’est quelque chose de nous qui meurt, et notre
âme, bon gré mal gré, sent toujours l’effleurer la tristesse de
ce qui meurt et de ce qui se passe. »
F.P.
At this moment, I’m writing this story.
At this moment, I’m writing this story another time.
Bibliographie personnelle complémentaire de la bibliographie commune publiée par PM.
Elle est à compléter/affiner/épurer.... en vue du mémoire.
Les ready-made textuels , Nicolas Tardy,
collection n’est-ce pas ?, éditions Haute école d’art et de design - Genève
L’art et la vie confondus , Allan Kaprow,
collection Supplémentaires, éditions Centre Georges pompidou
W ou le souvenir d’enfance , Georges Perec,
collection L’imaginaire, éditions Gallimard
Chants des gorges , Patrick Delperdanges,
éditions Sabine Wespieser Éditeur
Le + et le - de la gravité , Véronique Vassiliou,
éditions Comp’act
Mythologies , Roland Barthes,
éditions du Seuil, collection Points Essais
Qu’est-ce qu’un dispositif ? , Giorgio Agamben,
éditions rivages poches, collection Petite Bibliothèque
Twist dans le studio de Vélasquez , Arnaud Labelle-Rojoux,
éditions l’Évidence
A lire dans l’étagère :
Citizen Data , Philippe di Folco,
éditions Sens et Tonka, collection 10/Vingt
Le maître ignorant , Jacques Rancière
Ne pas jouer avec des choses mortes , collectif,
éditions Villa Arson Nice
à suivre.....
« En Russie, où il n’existe aucun marché pour promouvoir les objets d’art, il n’y a donc aucune raison d’en créer… »
Andrei Monatrysky
Je fais partie des artistes qui produisent des objets.
Je définirai deux catégories de ces objets.
I. La première, dans laquelle on peut classer un très petit nombre de mes travaux, est celle des objets pensés "comme tels". Par exemple, un dessin sur un carré de tissu, qui ne suggère rien d’autre qu’un dessin sur un carré de tissu. Pour ces objets-là , il y a eu à un moment quelque chose de l’ordre de l’évidence : je ne peux dire une chose que de cette manière, en dessinant, en filmant, en sculptant… Cela donne des objets physiques, et quelque soient les questions que je me pose quant à leur monstration, ils ont une existence propre.
II. La seconde catégorie, dans laquelle je mets la plupart des objets que je fabrique et montre, est celle des "objets-traces", des "objets-souvenirs", des "objets-témoins" (je ne souhaite pas réellement leur donner de nom, disons que ces termes sont des "aides-mémoire" pour comprendre la nature de ces "choses"). Souvent, les objets de cette catégorie répondent à une action, à un événement qui les a précédés (appelons cela la performance). Je leur donne la fonction de parler d’un moment, d’une chose qui a eu lieu, qui a été, et que le spectateur du "présent" de monstration (diplôme, exposition…) n’a généralement pas vécue.
Cette catégorie d’objets peut elle-même être divisée en deux sous-catégories :
1. L’objet qui a servi durant la performance. Celui qui serait proche de la relique, du "reste" d’une action. Le genre d’objet que l’on trouve souvent dans les musées, -sous vitrine si possible : la robe de la performeuse, le lambeau de décor, le papier signé/tamponné… (NOTE) Ces objets ont une vocation claire -entraîner le spectateur du côté du souvenir- mais néanmoins étrange, car il s’agit du souvenir d’un instant non vécu. Ils ont sûrement quelque chose à voir avec l’objet ancien acheté aux puces, dont on ignore le parcours et qui nous rappelle beaucoup de choses personnelles qui se distinguent complètement de son histoire propre (son histoire vraie ?). Ce sont des objets-surfaces, des objets faits pour projeter, ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas des objets documentaires.
2. Par opposition (quoique la frontière est mince), la seconde sous-catégorie est celle des objets "documents", des "fausses traces" construites a posteriori. Les objets que l’artiste fabrique juste après la performance ou beaucoup plus tard, à l’heure du "compte-rendu". Plus ou moins didactiques, plus ou moins proches d’une certaine "réalité" de l’action, ils ont en commun de n’exister que dans le but d’évoquer, sans forcément rappeler, un moment du passé. Ils sont faits pour témoigner "en retard", et ils sont souvent faits pour être vendus. Ils ressemblent étrangement au rapport de stage, au devoir de récitation, ou encore à la souris -morte- que le chat apporte à son maître sans la manger, juste pour dire : "Regarde, je sais chasser".
Le diplôme, c’est un compte-rendu. Un endroit pour dire qu’on a bien travaillé, qu’on mérite d’être là , qu’on a atteint le stade de réflexion espéré pour être un acteur de la Culture, et la quantité de production attendue pour être un acteur du Marché.
Parfois, montrer ce que l’on a produit s’avère compliqué, notamment lorsque l’on produit des choses éphémères. Il faut alors tenter de trouver un moyen honnête de continuer à suivre le système dans lequel on est entré (ici l’école, là le marché de l’art contemporain). C’est ainsi que je me suis souvent demandé pourquoi tant d’artistes -moi comprise à certaines périodes- affichent une sorte de mépris à l’égard de l’objet dérivé (au sens le plus classique : porte-clefs, carte postale, affiche, figurine…).
En général, ces produits m’intéressent peu. Mais je crois qu’ils ont la vertu de ne pas se prendre pour des oeuvres d’art.
Old school ?
En disant ça, j’ai l’impression d’avoir une vision très ancienne du concept d’oeuvre d’art. Je pense à ce que dit Gérard Wajcman dans son texte Le jeu de l’objet, écrit pour le catalogue de l’exposition Ne pas jouer avec des choses mortes :
« Dévoilement de l’objet, l’oeuvre d’art se montre en objet, c’est-à -dire pris comme tous les objets dans la valse universelle des marchandises. C’est le cinquième et ultime jeu du musée et du magasin : ils sont désormais confondus. Mais les oeuvres n’en perdent pas pour autant leur puissance d’art, celle de montrer. Les oeuvres jouent le jeu du marché. Elles peuvent atteindre des prix démesurés. Elles prennent dans ce jeu même, une puissance de vérité, dévoilant au fond que leur seule valeur peut n’être accrochée à rien d’autre que celle que leur fixe le marché, à une valeur-argent. Elles dévoilent ainsi qu’elles ne sont que des objets, que les objets ne sont que des déchets, que l’objet d’art n’est qu’un déchet sans prix. (…) L’objet s’élève dans l’art, mais pour se révéler tel qu’il est au fond : down and dirty. Une chose morte. »
Faudrait-il accepter cette idée du dévoilement comme fonction quasi unique de l’objet d’art aujourd’hui ? J’avoue que j’ai du mal. Que mon côté punk m’y pousserait, mais que je ne peux m’empêcher de me sentir malhonnête en ne cherchant pas d’autres moyens de communiquer les idées. L’éternelle bataille du in or out of (a) system.
Et puis, ce qui me rend triste, c’est que je vois bien que ces objets ne sont pas que des marchandises. Il me semble qu’ils sont surtout des "objets-tampons", des objets transitionnels. Des doudous pour performeurs. Ou des fétiches. Des objets à combler le manque. Je ne voudrais pas dire que les performances seraient comme des mamans absentes auxquelles nous trouverions des substituts -les objets. Mais bon, y a quelque chose quand même, faut avouer.
Voici la version 2 du petit texte écrit en décembre sur les "assemblages d’objets" dans mon travail.
Je l’ai un peu retouché selon les remarques faites en cours, il est à mettre en relation avec ma dernière publication.
C’est une note qui me permet en ce moment d’écrire plus précisément sur mes travaux.
Les objets sont souvent le point de départ de mes productions, lorsque j’ai des idées qui sont difficile à formuler, des éléments qui se croisent dans ma tête sans vraiment se rencontrer.
Parfois, il m’arrive alors de trouver des objets (des objets existants, des "ready-made" ? ) qui "incarnent" les idées en les rendant plus précises ; il y a le risque alors de figer ces idées, mais également la chance d’élargir le champ de réflexion par la prise en compte des symboliques multiples des objets.
Il m’arrive aussi d’utiliser plusieurs objets pour n’en former qu’un, qui sera peut-être un élément d’une oeuvre.
Un corset + des bottes + une perruque + une casquette + mon corps = Stella.
(ici le corps sera donc considéré comme un objet parmi d’autres)
Stella n’est pas l’oeuvre, Stella est un regroupement d’idées. Elle est un des éléments nombreux qui constituent l’oeuvre, un élément qui pourrait être l’image de la pensée. Disons qu’elle est l’une des composantes de la réflexion.
J’aime aller au bazar chinois, au sex-shop aussi. Ils contiennent les objets consommables par lesquels j’ai l’habitude de décrypter le monde, et qui sont souvent métaphoriques de mes pensées sur l’art.
Ces objets sont mes outils. Ils sont les images que je ne sais pas fabriquer, les matériaux identifiables auxquels je me raccroche pour avancer. Dans la vie, ils ont un sens propre, mais dans mon travail, je les additionne entre eux, et surtout aux mots, aux gestes, au corps, pour former un tout en mouvement qui sera oeuvre ou fragment d’oeuvre.
Voici donc la version d’origine :
Mes productions ne sont pas souvent des objets. Et pourtant, les objets sont souvent le point de départ de mes productions.
Il y a des idées qui ne sont pas formulées (elles sont sûrement formulables). Il y a des idées qui sont des images mentales, des éléments qui se bousculent dans ma tête sans vraiment se croiser. Et puis, un jour, il y a un (ou des) objet(s) qui regroupent ces bribes d’idées pour en faire quelque chose qui sera plus complet, et que je pourrai enfin m’efforcer de formuler.
Ces objets ont une symbolique forte, même cachée.
Ces objets ont parfois eux-même besoin de se regrouper pour n’en former qu’un, qui sera peut-être un élément de l’oeuvre. Un costume par exemple : un corset + des bottes + une perruque + une casquette + mon corps = Stella.
Stella n’est pas l’oeuvre.
Stella est un des éléments nombreux qui constituent l’oeuvre.
L’élément qui matérialise une ou plusieurs idées, l’élément qui pourrait être l’image de la pensée. L’une des composantes de la réflexion.
J’aime aller au bazar chinois, au sex-shop aussi. Ils contiennent ces objets consommables qui sont des décrypteurs du monde d’aujourd’hui. Qui sont aussi, parfois, métaphoriques de mes pensées sur l’art.
Ils sont mes outils de travail.
Ils sont les images que je ne sais pas fabriquer, les matériaux identifiables auxquels je me raccroche pour avancer.
Ils sont une façon d’incarner une chose mentale sans la figer.
Ils existent seuls, mais s’ajoutent entre eux, et surtout s’ajoutent aux mots, aux gestes, au corps, pour former un tout en mouvement -qui serait oeuvre ou fragment d’oeuvre.