Étape 1 (Vendredi 13/10/06)
a) PETITES APPROCHES AUX DETOURNEMENTS DE LA COMMANDE
« Lettre à Freddy Buache ». (Jean-Luc Godard)
1981 - France - Documentaire - 11 min
Un film sur la ville de Lausanne : un plan vert, un plan bleu, et comment ca passe du vert au bleu, avec du gris comme intermediaire.
Godard has been hired to make a film celebrating the 500th anniversary of Lausanne. This film is his videotaped refusal.
« Les morts de la Seine ». (Peter Greenaway)
1989. 43min. Docu-fiction
Deux employés des morgues parisiennes nous en apprennent un peu plus sur les conditions de vie après 1789 grâce aux cadavres découvert dans la Seine.
b) FILMER / SE FILMER (chapitre 1)
« Tarnation ». (Jonathan Caouette)
2003, 88 min. USA, Biographie
Une caméra Super-8 reçue à l’âge de 11 ans sera le tournant de sa vie. Pendant 20 ans, il accumule les films en Super-8, puis les séquences vidéo prises au camescope. Il se filme lui-même, jouant des scénettes déguisé en femme ou en homme. Il filme aussi son entourage, la caméra devenant interrogatrice, accusatrice, complaisante, violente. Il écrit, sous une forme entièrement nouvelle, un journal intime qui lui permet d’évacuer tout son mal de vivre. C’est une succession de cris et de provocations.
Ces séquences n’étant pas à l’origine destinées à être divulguées, cette accumulation exhibitionniste et narcissique aurait pu durer longtemps. Jusqu’au jour où sa mère est victime d’une overdose de lithium. Jonathan a alors 30 ans et vit dans le Queens, à New York. Il retourne à Houston et replonge dans son enfance. Il ressort ses 1 349 films en VHS, Betamax et 16 mm : 160 heures de pellicule à visionner. Il puise des sons dans les 2 046 disques et CD de sa collection. Il trie les photos de famille.
« L’enfant aveugle 2 ». Johan van der Keuken
1966. 29min.16 mm. Pays-Bas. Documentaire
Ce deuxième film sur les enfants aveugles suit plus particulièrement un jeune garçon. À l’âge de la puberté, Herman Slobbe doit se débattre avec son environnement pour se frayer un chemin. Herman se saisit du micro ; il devient le reporter du film.
Un chef d’œuvre des relations filmeur-filmé

Étape 2 (Vendredi 20/10/06)
a) FILMER - SE FILMER (chapitre 2)
« No sex that night (double-blind) » (Sophie Calle / Greg Shepard)
1994, 75 min. France. Docu-fiction.
Sophie Calle avait un compagnon depuis un an, mais leur relation se dégradait, ils ne se parlaient plus. Elle voulait traverser l’Amérique, et pour l’entraîner dans son périple, lui vient l’idée de lui proposer de faire un film (puisque le-dit compagnon était féru de cinéma). La règle du jeu fut la suivante : chacun avait à sa disposition une caméra à laquelle ils devaient confier toutes leurs frustrations durant le voyage. À l’issue du voyage ils se sont mariés.
Sophie Calle repropose la notion d’autorat (avec Greg Shepard, ils sont deux à filmer et à commenter), la notion de genre : c’est un documentaire sur une histoire d’amour (qui d’habitude sont des fictions). Les images sont toujours couplées à un commentaire subjectif, alors qu’elles sont documentaires, froides, de la catégorie du constat ; de la photographie brute. L’histoire (d’amour) est filmée au moment où elle a lieu ; qui connaît la fin au moment où les images défilent sur l’écran ? Calle repense l’idée de suspens, car l’histoire est filmée en temps réel et non pré-écrite. En d’autres termes, elle met sa narration en danger et nous invite à partager différemment, en temps que spectateurs, une expérience, un pari, un moment brut, même s’il peut être représenté avec le talent d’une faiseuse d’image et d’histoires.
Si "No sex last night" contient des éléments familiers au cinéma : road movie, love story, narration subjective, le film apporte quelque chose de neuf en cela que sa construction et au-delà , son mode de production de sens sont visibles et participent du plaisir donné au spectateur. Nous ne sommes plus les témoins invisibles d’un spectacle qui est donné en notre honneur. Au contraire, nous nous représentons aisément les conditions dans lesquelles le film a été réalisé. Nous sommes donc conscient de ce qui se voit mais aussi de ce qui se "joue" devant nous de cette histoire d’amour au devenir incertain... et donc plus émouvante.

"Gay day parade". (Nelson Sullivan)
1989 / 26 minutes / Documentaire-journal / USA
Nelson Sullivan, mort à New York en 1989, a toujours filmé les personnes et les événements de son entourage. Tenant sa caméra à bout de bras, l’objectif grand angle pointé sur lui, il déambule parmi les événements tout en les commentant. Il tourne régulièrement la caméra vers ce qu’il a choisi de nous montrer. Nelson a acquis une telle maîtrise, qu’il entraîne le spectateur dans une visite courtoise et détaillée de son quartier, de certains cafés, du Chelsea Hotel et d’autres lieux new-yorkais. Nelson est gay, il nous présente ses amis, la plupart travestis, et leur parle par caméra interposée. Ceux-ci répondent à l’objectif, avec la grâce réservée au plus charmant regard, conscients du fait que l’identité de Nelson s’est déplacée dans sa caméra.
Étape 3 (Vendredi 27/10/06)
a) FILMER - SE FILMER (chapitre 3)
Impossible d’aborder l’Å“uvre de Jonas Mekas sans voir sa vie, tant les deux sont imbriquées, se nourrissant l’une de l’autre. Ce n’est pas tant l’intimité, dont Mekas ne laisse rien savoir, que sa manière d’être au monde et de penser le monde : un paysan qui se serait installé sur le pavé de New York et qui continuerait à regarder la terre comme s’il la voyait cachée derrière les désordres de la société moderne. Non pas qu’il juge ou critique, mais il observe et voit le monde avec à la fois exigence et bonté. Dureté de paysan qui sait ce qu’est de travailler la terre, âpreté de l’exilé, et générosité de l’homme qui aime voir derrière l’agressivité et la violence les moments de bonheur, les instants de grâce, de vérité, si fugaces soient-ils. Sa vie et ses films sont imprégnés de cet « être au monde » : exil, manque d’argent, pensée et culture dominantes, censure, dogme esthétique, rien ne l’arrête, il fait toujours face avec ténacité et intelligence.
(…)
« Bien, très bien - si je n’ai pas le temps de consacrer six ou sept mois à la réalisation d’un film, je ne vais pas m’en rendre malade, je vais filmer de courtes notes, jour après jour, chaque jour ». C’est ainsi qu’il accumule des heures d’images. Il ne sait pas encore, à ce moment-là , qu’il est déjà en train de filmer ce qui va réellement constituer la matière première de son Å“uvre, soit son journal filmé, qu’il transformera en « Ciné-Journal ». L’histoire commence le jour où il (re)découvre ces images qu’il a archivées année après année et comprend : « Je ne cessais de revenir aux mêmes sujets, aux mêmes images ou aux mêmes sources d’images. Par exemple, la neige... En étudiant ce que j’avais filmé et en y pensant, j’ai pris conscience de cette forme de film journal et, bien sûr, cela a commencé à affecter ma manière de filmer ». Ses sujets sont effectivement souvent les mêmes : l’enfance, l’exil, les amis, les saisons, la nature, le cinéma. Au début, il pense n’avoir filmé que la surface des choses et va s’appliquer à mettre plus de lui-même dans ses plans.
Paradoxalement, les images de la première période de sa vie à New York, qui s’étend de 1949 à 1963, ne deviendront le film Lost Lost Lost qu’en 1975, après Walden, le premier film à l’avoir consacré cinéaste. Walden - Diaries, notes and sketches est le premier opus du « Ciné-Journal », dont Jonas Mekas est l’inventeur, et représente l’essence même de son cinéma. Documentaire, journal, poème et récit romanesque, ce film est emblématique par son innovation et les symboles qu’il représente, à la fois témoin de tout le mouvement d’avant-garde et de la contre-culture des années 60, et fruit direct de ceux-ci.
Jonas Mekas a enfin trouvé son cinéma et donc sa patrie.
(…)
Avec les films de Jonas Mekas, on pénètre dans ce qui constitue l’une des Å“uvres les plus révolutionnaires du cinéma, au cÅ“ur d’un acte de création pur et ouvert. Jonas Mekas écrit et filme comme il vit et vit comme il filme. Sa démarche artistique radicale incarne une pensée précise et acérée sur ce que doit être le cinéma d’Art. C’est pourtant et certainement grâce à ces règles strictes que Jonas Mekas invente des films d’une liberté infinie. Il précise clairement qu’il ne fait pas des films pour le plus grand nombre parce que sinon il serait obliger d’uniformiser, d’affadir ses films tant sur le fond que sur la forme. Le cinéma underground mais aussi l’Art en général ne peuvent naître et exister que dans une indépendance complète. L’Artiste est celui qui voit et dit. Un jour, il sera peut-être entendu. Il travaille pour ce jour. Parce que la fonction même de l’Artiste est d’être en avance sur son temps.
Texte : Claude Rambaut
« My Country is Cinema » (documentaire sur et avec Jonas Mekas)
1999. France. 60 min
+
« Réminiscences d’un Voyage en Lituanie ». (Jonas Mekas)
1950-71 (Monté en 1972) / U.S.A / 82 mns
Petite BIOGRAPHIE DE JONAS MEKAS
Il vit aux Etats-Unis depuis 1949 où il a commencé à tenir un journal filmé ( ’Walden’, ’Lost Lost Lost’, ’Scenes from the life of Andy Warhol’, etc.). Il crée en 1955 la revue ’Film Culture’, et tient de 1958 à 1976 dans ’Village Voice’ une chronique où il défend ardemment le cinéma underground qu’il va contribuer plus que quiconque à fédérer, organiser et faire connaître dans le monde entier. Tout en poursuivant une oeuvre écrite, il dirige actuellement Anthology Film Archives, la Cinémathèque new-yorkaise du cinéma d’avant garde.
L’Anthology Film Archives est une cinémathèque située à New York inaugurée au public le 30 novembre 1970.
L’Anthology Film Archives a été fondé par Jonas Mekas et d’autres cinéastes du courant cinématographique expérimental underground.
Le but de cette institution de renommée mondiale est la conservation, l’étude et la mise en valeur du patrimoine cinématographique indépendant réalisé en dehors du système industriel hollywoodien.
http://www.anthologyfilmarchives.org/
Étape 4 (Vendredi 3/11/06) La Pirogue à Vapeur. Auditorium ESAD. 12h
a) L’ART DES PIRATES (chapitre 1)
« In Limbo » (Simon Arazi)
Belgique 2001, 43 min
Hommage satirique à la propagande contemporaine, "In Limbo" est composé entièrement d’images provenant de satellites américains et interceptées frauduleusement : "live-footage" non-filtré et brut d’ actualités ou de communications destinées aux employés de multinationales ou aux forces de l’ordre institutionnelle. Film-collage, tel une étude archéologique d’une certaine "culture de persuasion" où publicité, culte de l’entreprise et politique se contaminent continuellement.

Et aussi :
Toni Serra et Joan Leandre
Étape 5 (Vendredi 10/11/06) La Pirogue à Vapeur. Auditorium ESAD. 12h
a) L’ART DES PIRATES (chapitre 2)
« DIAL H-I-S-T-O-R-Y » (Johan Grimonprez)
Belgique 1997, 67 min
Bouclez vite vos ceintures avant de partir pour DIAL H-I-S-T-O-R-Y’, le très acclamé documentaire de Johan Grimonprez tel un présage de l’événement du 9-11. Nous y rencontrons des pirates d’avions romantiques ayant combattu pour leurs révolutions et gagné leur temps d’antenne grâce aux passagers des années 60/70. Au cours des années 90, de tels personnages semblent avoir disparu, remplacés sur nos écrans de TV par des histoires de bombes ‘anonymes’ placées à l’intérieur de valises. Le réalisateur Johan Grimonprez étudie dans ‘DIAL H-I-S-T-O-R-Y’ les raisons cachées derrière ce changement, et en même temps nous dévoile notre propre complicité en nous poussant vers l’idée du désastre final. En jouant avec la phrase clef du roman de Don DeLillo ‘Mao II’ : "ce que les terroristes gagnent, les romanciers le perdent" et "la maison (en tant qu’elle est un symbole sécurisant) est une idée fausse", il mélange de nombreux documents d’archives inédits de détournements d’avions avec des thèmes surréalistes et communs, y compris des références aux menus de fast food, des statistiques sur les animaux domestiques, le disco, et ses propres ‘Home Movies’. David Shea a composé une superbe bande son pour cette chute libre à travers l’histoire, particulièrement bien décrite par les propos d’un des directeurs de chez Pepsi-Cola faisant parti des passagers d’un vol détourné ‘comme parcourant une vaste gamme d’émotions, de la surprise pour choquer et effrayer, de la joie, au rire, et de nouveau, la peur."

Votre film Dial H-I-S-T-O-R-Y découle de votre expérience de la « vidéothèque » (Prends garde ! A jouer au fantôme on le devient ?). Est-ce que le film se veut être une démonstration de la façon de se réapproprier et d’articuler des sources, sur la base d’un sujet arbitraire - les détournements d’avion -, ou aviez-vous comme point de départ le sujet, qui a ensuite déterminé la forme ?
Il y a plusieurs entrées en fait. Le sujet des détournements d’avion peut se lire comme une métaphore du détournement des images et de leur contexte, à la manière de la vidéothèque. C’est un pouvoir iconoclaste accessible au spectateur aussi bien qu’une stratégie esthétique sur laquelle repose le film. D’un côté il y a les images que je détourne pour susciter un débat, de l’autre les événements que je situe dans leur contexte historique, en précisant les lieux ou les dates, mais dans une forme proche de ce qu’on voit sur CNN par exemple, qui opère déjà une recontextualisation en soi en transformant la narration en soap opera ou en insérant des pubs ente les infos. C’est aussi une recherche sur la relation complice entre l’histoire et la télévision, qui s’inscrit dans une chronologie spécifique : l’évolution de la façon de représenter les détournements d’avion à la télévision. Le film démarre d’ailleurs sur la première représentation télévisuelle en direct d’un tel détournement. Il y a ensuite deux niveaux de commentaire sur les images : une narration fictionnelle fondée sur des extraits de Mao II et de Bruits de Fonds de Don DeLillo, où s’opère une discussion entre terroriste et écrivain, et un commentaire personnel plus critique.
(extrait d’un entretien avec Pierre Bal-Blanc et Mathieu Marguerin, Blocnotes No.15, été 1998)
Et aussi :
Guyer-Distel et Mathias Müller
Étape 6 (Vendredi 17/11/06) La Pirogue à Vapeur. Auditorium ESAD. 12h
MISE(s) EN SCÈNE (chapitre 1)
« CULLODEN » (Peter Watkins)
England 1964, 95 minutes. Docu-fiction
En Ecosse, 1746. Les soldats anglais affrontent les paysans fatigués, mal armés, des clans des Highlands. La bataille tourne au massacre, plus de 1000 écossais sont tués, au moins autant seront abattus pendant la chasse à l’homme qui suit. La culture des clans s’est effondrée pour toujours...
En filmant cette bataille comme un reportage de télévision, Peter Watkins en montre toute l’horreur.

Une expérience inoubliable. Une technique complètement nouvelle et totalement audacieuse.