installation visuelle et sonnore, portant sur la déconstruction et la fragmentation d’abord d’un corps puis du son. Un texte serait enregistré sur 5 pistes différentes, sachant que la 6ième est l’acteur lui même. Les sorties serait placées en cercle autour des spectateurs..


"on se paye des tondues pour 200 euros ! Ce metteur en scène offre 200 euros brut aux figurantes acceptant de se faire tondre sur scène. Abject !
C’est une annonce pour l’ANPE qui ne paye pas de mine. Bien sûr, il ne s’agit que d’un job de quatre heures. Mais, en regard du tarif des figurants, ces quatre heures ne sont pas trop mal payées, 200 euros brut ! Et puis, même les débutantes sont acceptées ! Mais ces deux cent euros ne sont pas offerts pour une simple prestation : elles comprennent, comme on le découvre en lisant l’annonce jusqu’au bout, une boule à zéro gracieusement offerte par Rodrigo Garcia, le metteur en scène de ce chef d’oeuvre présenté tous les soirs au Théâtre du Rond-Point à Paris. Ce metteur en scène très tendance a oublié que le théâtre était un jeu qui, en principe, mobilise le talent des metteurs en scène et des acteurs pour jouer et représenter la réalité, non pour la reproduire. Que dirait-on d’un metteur en scène qui exigerait de sa Phèdre qu’elle meure sur scène avec son vrai sang ? Le théâtre doit rester le siège du symbolique, et non devenir le lieu d’une exposition de performances, qui rappellent les pires dérives de l’art contemporain. Il y a, en réalité, quelque chose d’abject et de dégradant à payer des gens pour qu’ils se fassent raser ou encore qu’ils écorchent leur chair, comme ce fut le cas, voici deux ans à Avignon pour un autre spectacle à la mode. Il y a quelque chose de dégueulasse, pour le coup, à exploiter la détresse d’actrices prêtes à tout pour exercer ce qu’elles croient être leur métier mais qui n’est en fait qu’un simulacre de jeu dans un simulacre de pièce. Il y a aussi quelque chose de révoltant à ce que le Ministère de la Culture finance de tels spectacles, et, pire encore, que l’ANPE accepte de diffuser de telles offres d’emploi. S’il faut parler de symbolique, celle des femmes tondues renvoie au châtiment des femmes collabos de la dernière guerre mondiale, comme l’explique bien l’actrice Fanny Carrel (voir encadré ci-dessous). Le spectacle de Rodrigo Garcia est programmé jusqu’au 18 novembre 2007. Il reste à espérer que le public ne sera pas au rendez-vous et qu’il ne sera pas prolongé. " Ph.C.
"Fanny Carel : en attendant qu’on lui arrache les dents !
Fanny Carrel est comédienne et auteur de romans et de théâtre. Elle a publié le coeur ouvert en 2007 chez Mercure de France. Elle réagit ici vivement à l’offre d’emploi de Rodrigo Garcia.
On propose à une comédienne un contrat pour une journée de travail ? Soit. C’est pour faire de la figuration dans un spectacle ? Les débutantes sont acceptées, car pour de la figuration, il n’en faut pas davantage ? Très bien. On n’engage pas moins de 15 jeunes femmes sur ce seul spectacle ? Encore bravo : on fait travailler des intermittentes ! La profession sort du marasme, un avenir radieux s’offre aux artistes. Hélas, ce n’est pas tout : pour croire ce qui va suivre, il faudra lire jusqu’au bout cette prétendue offre d’emploi : vous allez voir ce que vous allez voir ! Comme l’air de la calomnie, cela commence piano, pianissimo : chacune des figurantes n’aura qu’une fois les honneurs de la scène ; on commence à déchanter, mais bon, il faut bien apprendre à partager. Puis on découvre la nature de la prestation : on comprend, hélas, que celle-ci ne saurait avoir lieu qu’une seule fois. Lisons l’annonce, tout à fait officielle, parue, sur le site de l’ANPE-spectacle : « Urgent – le théâtre du Rond-Point recherche pour la figuration du spectacle de Rodrigo Garcia du 8 au 18 novembre 2007 : 15 jeunes femmes aux cheveux longs acceptant de se faire raser la tête pendant le spectacle (rémunération 200 euros bruts). » 15 filles ? Mais si le spectacle connaît le succès, combien en passera-t-on sous la tondeuse ? Un troupeau de combien de têtes ? Le traitement jadis infligé aux malheureuses qui avaient « trahi la patrie » en couchant avec un soldat allemand soulève le cÅ“ur par la brutalité, la lâcheté, la stupidité du procédé : cela s’apparente au lynchage, le plus abject des crimes. On pense également à Fantine, l’héroïne infortunée des Misérables, qui dut vendre ses cheveux, puis se faire arracher les dents pour nourrir sa petite Cosette. On n’en est pas encore aux dents, mais les cheveux vont bel et bien y passer. Encore Fantine ne fut-elle qu’une héroïne de roman, une créature imaginaire. Or ce n’est pas en imagination qu’on nous offrira au théâtre du Rond-Point le spectacle dégradant de cette mutilation « live ». Le plus effrayant, c’est que le responsable de cette ignominie le grand Rodrigo Garcia (n’oublions jamais ce nom glorieux !), trouvera certainement les quinze malheureuses comédiennes au chômage capable de payer d’une séance de torture l’immense honneur de figurer dans une Å“uvre dudit Rodrigo Garcia. Tout est casting pour une comédienne frustrée ; tout devient une chance à saisir. On se jetterait de la tour Eiffel sur la seule promesse d’être engagé sur un prochain spectacle. Les Rodrigo Garcia et ses pareils (il en existe) sont capables de ressusciter les morts et de faire repousser les cheveux. Il est vrai que « la boule à zéro », c’est mode, ça vous branche. Mettons, supposons que les quinze filles en cause ont bel et bien envie de se faire tondre… Le procédé n’en demeure pas moins odieux : on admet aujourd’hui la nudité sur une scène, encore qu’elle ne serve d’ordinaire qu’à émoustiller les gogos. Mais, bon. Après le spectacle, on se rhabille et on tâche d’oublier les gogos. Les cheveux, quant à eux, ne repousseront pas de sitôt. Ce qu’on va proposer au public est bien moins de l’ordre du théâtre que du plus ou moins « gore », ingrédient principal de ce qu’on appelle d’ordinaire une performance. Orlan se fait refaire chirurgicalement le visage sous une caméra : son exemple est fameux et vaut tous les exemples, les résume en quelque sorte. Mais Orlan agit seule et suit un but qui n’appartient qu’à elle. Ses sanglantes métamorphoses sont son Å“uvre, elle en est l’auteur. Se faire tondre n’est pas une opération physiquement douloureuse. L’acte qu’ici on prémédite nous paraît pourtant d’une absolue brutalité, pour la simple raison que la « figurante chauve », qui malheureusement ne chantera même pas, n’est maîtresse d’aucune des actions qui se commettront sur elle. Elle n’est à la rigueur qu’un objet, qu’un élément du décor, qu’une bête : on attend de Mme Brigitte Bardot qu’elle s’émeuve aussi pour ces artistes qu’on instrumentalise aujourd’hui et réduit à la condition de « sous-animaux » qu’aucune loi, aucun lobby ne protègent. Mais vous me direz qu’on les paye, ces filles, qu’elles vont toucher deux cents euros (moins les cotisations et charges), tandis qu’on ne paye pas les moutons pour les tondre. Non, certes. Mais avec les unes comme les autres on se fait (pardon, Monsieur Rodrigo Garcia) des couilles en cachemire ! "
Fanny Carrel
marianne2 23 octobre 2007
"Rodrigo Garcia un poil trop décoiffant Sur la scène du théâtre parisien du Rond-Point, une jeune femme à cheveux longs assise se fait tondre la tête. La douceur des gestes n’ôte rien à la dureté de l’image qui figure dans Et balancez mes cendres sur Mickey, le spectacle de l’Hispoano-Argentin Rodrigo Garcia, programmé du 8 au 18 novembre, dans le cadre du festival d’Automne. La scène, non truquée, requiert tous les soirs la participation d’une nouvelle figurante. Dans ce but, le théâtre a recruté quinze volontaires, via annonce à l’ANPE-spectacle. Comme toute offre de figuration, celle-ci fait l’objet d’une rémunération, d’un montant de 200 euros. La publication de l’annonce a fait vivement réagir la comédienne et romancière Fanny Carel, qui, dans un texte, évoque les femmes tondues à la Libération, mais aussi « Fantine, l’héroïne infortunée des Misérables, qui dut vendre ses cheveux, puis se faire arracher les dents pour nourrir sa petite Cosette »
Et de fustiger le « spectacle dégradant de cette mutilation live » et l’ « ignominie » de Rodrigo Garcia. A sa suite, des journaux se sont émus, dont Marianne qui, sur son site Internet, qualifie le spectacle d’ « abject » sans l’avoir vu.
Au TNB de Rennes, où la pièce a été créée et jouée à six reprises il y a un an (Libération du 16 novembre 2006), elle n’avait pourtant pas suscité de réactions particulières. François Le Pillouër, directeur du TNB, se souvient seulement d’avoir refusé l’offre d’une étudiante des beaux-arts qui se proposait de jouer la scène gratuitement : « Toute prestation dans un spectacle doit faire l’objet d’un contrtat et d’une rémunération ».
Dans ses pièces, Rodrigo Garcia utilise volontiers des séquences chocs qui empruntent à la tradition de la performance et du happening. Sans ambiguïté : ses images s’inscrivent toujours dans un contexte poétique et dans un discours dénonciateur de ce qui, à ses yeux, constitue la vraie « obscénité » : pub, consommation, violence télévisuelle, etc. En cela, Garcia est bien plus un moraliste qu’un provocateur. Dans Et balancez mes cendres sur Mickey, on trouve aussi des hamsters balancés dans un aquarium et repêchés dans un filet ou un 4X 4 abritant une famille complète (le père, la mère, la grand-mère, les deux jeunes enfants et le chien). Sur le plateau, trois comédiens nus jouent dans le miel et la boue.
Reste que l’image de la femme rasée prend en France une portée symbolique particulière, que Garcia n’avait pas forcément mesurée au départ. Arrivé mardi soir à Paris, le metteur en scène, qui doit s’entretenir avec les figurantes avant le début des représentations, ne souhaite pas polémiquer sur ce qu’il considère comme un « non événement »."
libération
"L’ homme reste un objet, un ready-made"
"vente de son corps ou de son temps" utilisation du corps comme matériaux pour en faire une critique de l’aliénation
Question de la rémunération pour faire des actes communs : masturbation, tatouage, se tondre. La polémique arrive à partir du moment où l’acte est payé ..... prostitution ? payer un corps pour être utilisé dans son propre rôle, pas de jeu.
le public est face à un évènement polémique, politique et éthique et c’est là le point qui m’intéresse . Face à une expérience directe, sans mise à distance. vivre l’expérience. corps mis en jeu, atteinte à la personne ... identification ? Question de la mise ou pas à distance... c’est ce que le spectateur fait de cette expérience qui finalement fait sens. c’est le scandale. prenons la performance de rodrigo garcia et son homar. Un homar est découpé vivant sur scène avec un micro placé sur son coeur. L’audience est un témoin sonore et visuel, seulement le homar on l’aime en sauce dans son assiette. Qu’est ce qui à fait polémique si ce n’est que tout s’est passé en direct, tout à été montré avec une touche de sarcasme "rodriguesque"..
Ca me rappelle quand Vitshois voulait au cour d’une de ces performances égorger un poulet. Il avait finalement renoncer, car rien que cette idée qui avait déjà fait trois fois le tour de l’école, agissait comme un acte de barbarie. Pourquoi ? parce que beaucoup pense que le poissons, c’est des carrés panés.
C’est en fin de compte sa franchise qui donne autant de force à ces oeuvres, et qui nous destabilise.
La question est sous-jacente depuis le début. Déjà par le choix de Marat-Sade et les questions de représentation que cela pouvait poser, ensuite avec l’Homme Qui en passant par Le Communisme raconté aux malades mentaux. Il me faut donc analyser pourquoi je me suis arrêtée sur ces trois pièces. Le fait est qu’elles traitent toutes de la "folie" ou devrais-je dire de "l’arnomalité". Je préfère à ces deux termes substituer la question de la perception, de l’autre, du monde et de soi. Chez Marat-Sade les deux titres posent déjà question : sur la couverture on peut lire Marat-Sade de Peter Weiss, tandis qu’à la première page est écrit : "La Persécution et l’Assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théatral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade". En effet nous sommes face à deux directions différentes : représentation ou incarnation. Demander à des acteurs de jouer un rôle ou travailler avec des malades qui n’incarneront rien d’autre que leur propre personnage. Ceci dit, Marat-Sade est un cas particulier car il met en abîme la question de l’incarnation puisque même si ce sont de vrais malades qui interprètent la pièce, ils se doivent d’abord d’incarner un rôle prédéfini (Charlotte Corday ou Marat), mais de plus, de leur maladie en jeu. La pièce traite en effet de l’assassinat de Marat mais est ponctuée par de nombreux imprévus liés aux différentes pathologies des malades (Charlotte Corday narcoleptique...).
Cette question n’est pas abordée dans l’Homme qui où le patient n’est rien d’autre que lui même face à son handicap. C’est une sorte de "panel" de différents problèmes neurologiques qui perturbent leur perception du monde et d’eux-même. Mais cela ne pose pas seulement la question de leur perception, mais de la notre, notre vision de la normalité, et notre regard face à l’anormalité. Notre regard sur l’autre, notre manière de voir, (référence au jugement), par une confrontation directe ou une mise à distance.
Ce sont les limites de la "normalité" qui raconte quelque chose de l’homme. Comprendre l’humain par des personnages qui n’ont pas tout de l’humain. Ces personnes qui ont moins mais par lesquelles ont comprends plus. C’est finalement une prétendue marginalité qui revient au centre des choses. Qui nous ramène à nous. Ce qui est accident devient central et porteur de sens, d’un ailleurs.
Cela pose forcément la question du comment montrer, avant de comment voir. Tout d’abord l’idée du voir-seul, c’est à dire sans référent, sans possibilité d’identification à l’autre, sans la confortation que l’autre peut donner face à une réalité, une image qui dérange. Le fait de se retrouver seul, sans témoin, permet aussi de se laisser apper par le voyeurisme et la perversité. Refuser l’assemblée, le voir-ensemble, c’est aussi une manière de laisser le spectateur en face à face avec ce qu’il voit. En tête à tête avec lui même.
Il faut donc partir d’un point limite, contreversé, pour en faire un ailleurs. C’est la question de la polémique amené par la provocation. Provoquer signifie susciter de la voix, appeler de la réaction en opposition au sens moral.
Je trouve le terme de J-m Bruyère approprier à la forme que j’aimerais donner à ce projet : exposition-spectacle : "L’appeler spectacle laisserait penser qu’il s’agit d’une aventure d’abord théâtrale, ce qui n’est pas le cas, la nommer exposition sous-entendrait que le théâtre en est exclu ou lui est secondaire, ce qui n’est pas davantage le cas".
Il est important de garder la notion de montrer, c’est-à -dire exposer au regard, voir exhiber (cf texte x-ibit).
Montrer :(ethy, monstro), indique, faire connaître, faire comprendre, exposer, mettre sous les yeux, (monstrum : chose étrange, objets hideux, monstre) Ce travail est porté par la pièce, l’homme qui... de Peter Brook et s’ouvre sur les questionnements amenés par celle-ci.
En effet, cette pièce est une succession de consultations, où l’on découvre un certain nombre de pathologies. Mais il me semble plus approprié de m’attaché aux hommes atteint de ces pathologies. Certains n’en sont pas conscients, d’autre se rendent compte de leur handicap pendant la consultation... Nous sommes donc témoin de cette "mise en évidence". Comme une démonstration de leur handicap, de leur différence. Deux textes m’intéressent tout particulièrement à ce sujet. Le premier (qui me servira pour une installation sonore), est un personnage atteint du syndrome de la Tourette, et nous explique son combat constant avec lui-même. "...C’est incroyable, je vois une seconde avant le tic ce qui va se passer, je sens intuitivement pourquoi je le fais, je le vois dans la structure du visage, je vois les pensées qui entrent dans mon cerveau. Je suis comme les minutes qui s’écoulent. Tic-tac. On m’a dit personne ne peut les arrêter. Par exemple je suis attiré par mon nez, alors ça devient un jeu, je le regarde dans tous les sens et quand je mets mes lunettes c’est pareil, je les regarde de côté, par-dessus, par-dessous, au travers..." Nous sommes donc face à quelqu’un qui, conscient de son état, nous explique comment il appréhende sa maladie. Le deuxième, Jargon, nous met face à un homme persuadé d’être guérit de son aphasie, et qui, en s’entendant parler ne se comprend pas lui-même. Il perd espoir. J’ai pu travailler ces deux textes avec un acteur et me rendre compte des difficultés d’interprétation, de représentation que cela pose. Pour le texte du Tiqueur surtout. Ce syndrome amène des réactions tellement incongrues voir surréaliste qu’on n’en fait jamais trop. Il m’est aussi apparu que la relation avec l’acteur est essentielle. J’entends par là le rapport à la distanciation. Je trouve que l’impact est beaucoup plus important si l’espace entre acteur et spectateur n’est pas clairement défini. Cette tension me paraît intéressante. De même que pour Jargon, où mon idée première était d’être seul face à l’acteur, assis dans un endroit isolé (cf premiers dispositifs). C’est la question de l’expérience qui rentre en compte. Même si il n’y a pas d’échange, que le spectateur n’est pas pris à parti, il se sent concerné, atteint, touché par ce qu’il voit, sent et entend.
Ce n’est pas seulement voir, c’est ressentir, et d’un certain côté se retrouver face à soi-même, à son propre regard. Je pense important que le spectateur prenne conscience de sa façon de regarder. C’est en partie pour ça que je travaille sur des espaces pour voir seul. Comme je l’ai expliqué dans ??? , voir ensemble c’est garder une certaine forme de confort, et en même temps de retenu, face à une réaction de groupe/masse. Voir seul peut permettre de se laisser aller, dans une relation plus "intime" avec l’acteur. Le fait d’être seul peut permettre de rester soi-même, de ne pas être influencé par "la masse" Cependant, ça reste intéressant d’avoir en dehors de ces moments, une vue plus globale sur ce qui se passe et sur les autres. Comment tous ces espaces interagissent les uns avec les autres ? J’ai cherché du côté des cabines de pipe show, essayer de comprendre leur fonctionnement. Sur un blog, j’ai pu lire que beaucoup laisse la porte ouverte, soit par exhibitionnisme, soit pour signifier une invitation... Du coup, ce sont finalement les visiteurs, qui en s’appropriant le lieu, créé leur propre interaction.
La question de l’exhibition et de l’exposition arrive au centre de mes problématiques de travail. Comment montrer "l’anormalité" ?. Dans l’homme qui, on se trouve face à une succession de cas, chaque patient "présente" au public son handicap par le biais des médecins, sorte de montreur d’ours qui font aller les malades dans un sens ou dans un autre. On regarde le patient faire avec son infirmité, mal faire... Ce qui peut entraîner souvent, le sourire voir le rire. Quelle est la place de ce rire ? De quelle façon l’on regarde ? Quelle est notre part de perversion face à l’anormalité, qu’est ce que cela renvoie de nous-même ? Est-ce une curiosité malsaine ? Est-ce une forme de voyeurisme ? (= Qui aime regarder, observer en se tenant à l’écart) À ce moment revient la question du voir seul ; Dans un groupe, on peut se noyer dans la masse se cacher derrière son voisin. Seul, on reçoit en pleine face ce que l’on a la possibilité d’éviter en groupe. C’est pour cela que je m’attache à faire des espaces pour un spectateur. Cette configuration permet en outre d’avoir une expérience privilégiée avec l’acteur, le malade... (il me semble plus judicieux de diversifier les interprètes, acteurs et vrais malades afin de perdre le spectateur, de lui laisser le bénéfice du doute). Sans frontière clairement déterminée, la seule alternative que le spectateur peut trouver, c’est de chercher la part d’humanité, la limite qui finalement raconte quelque chose de l’homme. Prendre plaisir à comprendre l’humain. Les questions éthiques que pose l’exposition de malade dans leur propre rôle m’amène aux questions d’exhibitionnisme et de voyeurisme. Exhiber pour provoquer, choquer, en tirer du plaisir et de la satisfaction. Je me suis penchée sur les travaux de Santiago Sierra et de Rodrigo Garcia. Pourquoi ces deux figures m’intéressent elles, et quels sont les liens avec mon travail. Comme je l’avais évoqué dans des textes précédents, ce sont les réactions qu’entraînent les actes qu’ils posent qui pour moi font sens (cf. texte Garcia et Sierra). C’est pour moi l’indignation qui fait sens, non pas parce que ce sont des images choquantes, mais parce qu’ils se servent d’un système pour le contester. Ils posent la question de la distanciation du spectateur par rapport à ce qu’il voit.
J’ai poursuivi mon travail en m’intéressant aux pipe show, et aux cabines de visionnage dans les sexe shops. Le rapport entre les usagers m’interpelle dans la mesure où certains proposent d’être regardé en laissant la porte ouverte. Dans les cabine de visionnage, il n’y a pas de confrontation physique, dans les pipe shows, une vitre sépare la danseuse, streap-teaseuse du regardeur.
Dans les espaces que j’expérimente, j’essaie de retrouver cette configuration.
Un spectateur A choisit d’entrer dans une cabine, et ce qui se passe à l’intérieur est plus ou moins visible par les spectateurs B, C ou D. Le public à donc le choix de se confronter à une situation, ou de la regarder de l’extérieur.
Dans d’autres espaces, le spectateur A choisit de se laisser regarder. Les cloisons sont pourvues de miroir sans teint, ainsi, suivant si la lumière est allumée ou éteinte, les autres ont la possibilité de l’observer ou pas lorsqu’ils sont dans les cabines voisines.
Chacun est libre d’entrer et de vivre une expérience ou de voir sans être "mis en danger", ou pris à parti. Peut-être serait-il intéressant d’avoir un dispositif de caméras filmant le tout les comportements de chacun, les différents flux, les allées et venues, comment l’espace s’organise, ceux qui observent, ceux qui se confrontent etc... Ces espaces appellent avant tout à l’expérience, à la prise directe, mais j’aimerais qu’ils questionnent également la distance.