En réserve ? - samedi 6 février 2010 à 16h06
par
Jean-Christophe Lanquetin
Une piste :
J’ai photographié la réserve des collections au Musée National.
Chaque visite est un moment fort. On parle de pillage des œuvres, du fait que l’essentiel des traces du passé sont dans les grands musées occidentaux (Tervuren, 250 000 pièces provenant du Congo) ou dans des collections privées. Or cette réserve est là , à Kinshasa. Des dizaines de milliers de pièces, de documents, stockés dans des hangars.
Je la ressens pour ma part comme un bloc de présence.
Cette réserve n’est pas un musée, elle n’est pas ouverte au public. Mais lors de notre visite il se produit un glissement. Pour les kinois cela semble être un peu comme entrer dans un bloc de passé accumulé, leur relation aux objets semble intense, directe. Ils en témoignent. Pour ma part, l’imaginaire travaille et je circule comme dans une « exposition dont le dispositif serait une réserve ». Les séries, les accumulations, les étagères, la lumière, la poussière même…
Je photographie et c’est l’imaginaire qui vient.
Que faire de cela ?
Car je photographie une réserve objectivement problématique : pas exposée (pas de musée), mal protégée, problèmes de conservation, etc…
Par ailleurs c’est une réserve, une collection dont les gens ne connaissent pas l’existence, ou à peine.
C’est principalement pour cela que j’ai envie de la montrer. De donner à voir sa présence.
Mais on ne peut bien évidemment l’ouvrir au public.
Le projet serait que des images « documentant » la réserve, en tant que lieu, témoignant de son existence, soient présentes en grand format dans l’exposition. Voire, l’idée me traverse, qu’elles soient collées dans la rue.
Immédiatement je suis troublé. N’est-ce pas trop ?
De même j’ai utiliser le terme « documenter ». Mais mes photos prises lors de la visite esthétisent la réserve. Jeu avec la lumière, les alignements, les profondeurs, la pénombre, la présence des masques et des objets.
D’où, débat l’autre jour lors du séminaire à Strasbourg.
Dire dans l’exposition quelque chose à propos de cette réserve à Kinshasa oui (nous sommes plusieurs à tourner autour de cette intuition,
voir la piste d’Eléonore ), mais sous quelle forme ?
Si photos, quelles photos ?
On se/me demande si ces images « n’esthétisent pas la misère » ?
Je suggère : cette esthétisation n’est elle pas une manière de respecter ce lieu, de témoigner de de sa force, de son existence, sa beauté ?
Mais, les photos sont-elles le bon médium ?
Si nous montrons des images de cette réserve, un seul point de vue est-il possible ?
Ceci d’autant plus que mon point de vue n’est pas celui d’un congolais. Cela a t’il de l’importance ? Pourquoi ne pourrais-je pas donner à voir quelque chose de mon regard sur cette réserve ? Est-ce un point de vue en tant qu’auteur (un regard subjectif, personnel) qui est ici important ?
Etc…
C’est le début d’un débat.
Jean Christophe Lanquetin
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Commentaires
(2)
/B_decompte>
12 février 2010 15:28
par
Cedrick Nzolo
j’ai lu ton article , je te répond d’ici peu...
17 février 2010 15:24
par
Cedrick Nzolo
la question de la reserve est assez presente ,( comment monter ce qui est caché ou enfuit ) d’une manière delicate dans certains projets d’etudiants de kinshasa. mais ce penche sur la reserve ,sur ce qu’elle represente pas encore . A mon avis , prendre une ou des photos de la reserve serait , effectivement esthetiser une forme de misère qui apparait deja au quotidien comme un element très présent ;qu’on veut fuir a tous pris .En meme temps une autre question se pose aussi , l’intention est la mais la forme est encore a travailler , est ce qu’il faut envisager un travail avec le lieu meme ? car la position geographique de la reserve est aussi un element qui peut susciter des pistes assez interressantes car pour aller a cette endroit il faut avoir une excellente raison . comment parler d’un lieu qui à été autrefois le lieu de vie du feu president Mobutu ? encore une trace historique qui ne peut etre negligé . Je pense que si la forme d’expression est photographie ,il faudrait eviter la notion cliché " misere " et autre qui peut en decouler .
Comme c’est aussi un sujet tres délicat car le champ d’actions sur terrain est assez mal defini ( comment agir en utilisant les oeuvres sans les blesser car ils sont trop fragilisés ,mais parler de la presence que degage ces oeuvres en etant confinés dans un hangar , cela me semble assez intéressant de ce point de vue ) , il faudrait poser de questions au proffesseur henri BODJOKO qui pourrait grandement nous aidé à ce sujet .
il ya une note qui me vient a l’esprit , c la question de la MEMOIRE EN BOITE ( JE DEVELLOPPERAIS ULTERIEUREMENT )