18.I.07 K passe me prendre malgré la pluie torrentielle et matinale au réveil. Une certaine idée du DESSUS : voir du dessus, voir du dessous. Il est tout de suite question de point de vue, de regard, de position du corps, de champs visuels. Le dessus comme élévation, aller haut, la chose à atteindre. K a eu une formation d’architecte d’intérieur. Les plans, il connaît, se projeter dans l’espace par le dessus fait parti du processus de travail. Parcours préparé, à pied. D’abord, le home des étudiants de l’école technique qui juxtapose l’Académie.K demande l’autorisation de monter sur le toit. Quelques étages, quelques échelles, quelques tunnels, quelques escalades… et la lumière sur le toit. 360° de vue imprenable sur Kinshasa, plutôt verte d’ici, les tours au loin. K souhaite montrer Kin sous un beau jour, pas « Kin la poubelle », mais les tours, le centre ville. il veut m’emmener en ville, le kin urbain, là où il y a le bitume. À pied jusqu’à l’Avenue 30 juin, immeuble privé avec boutiques et entreprises je crois. On monte les escaliers, arrivons sur une plate-forme plutôt vaste, aérée, aérienne, le parking,. Nous sommes encerclés par un mur qui doit environner les 2 m de hauteur, il nous empêche de voir, les immeubles sont coupés. La présence de ce mur, comme un enclos, rend le lieu complexe, porte le dessus sans l’être vraiment. Rien ne nous indique à première vue, que nous sommes en hauteur. Nous ne pouvons pas nous pencher, juste regarder ce qu’il y a haut dessus de ce mur. Les rapports d’espace qu’offre ce parking a quelque chose d’intrinsèquement dramaturgique, comme un nÅ“ud, une énigme. Je suis très surprise. Discussion sur le temps qui passe ou ne passe pas. Au jour le jour, ici et pour tous, souvent. Lobi en lingala signifie à la fois hier et demain, il est juste question de prononciation. Symptomatique de leur rapport au temps. Juste pour dire, ni hier, ni demain juste maintenant. Optimiste et fataliste à la fois, l’instant présent… du concentré. Quelques mètres plus loin nous irons dans une tour, au 12ème, ascenseur en panne, finalement c’est mieux, l’ascension par l’effort. Depuis le balcon d’une salle de réunion, on voit d’un côté, Brazza, de l’autre, le centre. C’est plus qu’une rambarde qui nous strie le regard, c’est une cage, les barreaux montent à 1m80, sûrement. Les immeubles d’à côté n’ont plus de balustrade, « ça a du être construit quand on nous a rendu notre indépendance. » D’ici on voit le parking , l’étendue. K fera des dessins de mémoire, plongée et contre plongée, ça lui va de changer de point de vue, « de ne pas dessiner toujours les choses de face ». 3 lieux, 3 points de vue, 3 manières de voir le DESSUS. Porter une ville dans ma vie …K n’est jamais sorti de kin, il n’a pas besoin de partir pour voyager, il est ici. K veut offrir un autre regard sur la réalité ; il faut montrer les réalités autrement que telles qu’elles sont… je ne retrouve pas la formulation, quelques choses de beau et de juste, sur le rôle de l’artiste. K a noté cette petite phrase bien faite, bien dite, sur un bout de papier, pour ne pas oublier. Il écrit beaucoup. Discussion sur les notes, l’écriture, la lecture. Il repartira chez lui avec Georges Perros « papiers collés » un livre de notes, d’un amoureux de la pensée jetée, de l’aphorisme. (G.T.)
Des relations humaines et de la ville en tant que lieux d’échanges, de croisement culturel et des mentalités…Il s’agit pour l’homme de donner le meilleur de lui-même. Cette proposition qui s’intitule CIEL & BETONS se veut une incitation à la responsabilité et à l’acceptation dans un regard franc par l’homme de son milieu. Assumons plutôt notre environnement au lieu de se plaindre et de s’apitoyer sur l’état délabré de notre milieu urbain.
La ville est sale, pourrie, polluée et mal barrée… Ce n’est un secret pour personne et nul n’est besoin d’en faire une chanson avec ce refrain que le kinois aime à répéter : « Kin la belle de jadis, aujourd’hui Kin la plus belle, pardon… La poubelle. »
C’est dans le souci de proposer une alternative qui n’est certes pas nouvelle du tout mais que l’on passe sous silence, consciemment hélas ! que nous avons choisi à montrer le côté de la ville qui présente l’allure d’une urbanité « montrable ».
Par ce qui précède, n’incitons nullement à l ‘imposture, nous dénonçons simplement le mal qu’il y a à entretenir la complaisance dans la crasse qu’entretiendrait ce discours des pauvres qui d’ailleurs vire au cliché. Même qu’on aura beau montrer Kin et ses habitants sous leurs plus sinistres jours, cela n’arrangera nullement les choses. Au contraire, on aura fait que ternir l’image que se fera l’étranger sur notre culture.
Voyons plutôt Kinshasa de ses hauteurs, en ne considérant que le ciel, son toit et les bétons qui l’assaillent, effrontément. Lorsque l’on aura baissé ses yeux tout éblouis, on croisera pour sur, le regard de la personne à proximité, qui volontiers, se fera l’interprète de cette ville, tout kinois qu’elle est.
Paris New York Tokyo Londres Berlin Genève Bruxelles et Kinshasa… (K.Z.)



