Deux projets se dessinent pour le cinquantenaire de l’indépendance.
Le premier est lié à la conservation du souvenir et à l’articulation entre imaginaire touristique et indépendance.
Les touristes photographiant des reconstitutions (reconstitutions d’intérieurs de maisons de gens célèbres, d’atelier de peintres reconnus...) continuent de m’étonner. Que peut-on vouloir conserver d’une image déjà fixée, qui n’a plus déjà plus rien de vivant ? (Je me souviens par exemple de la table dressée dans la maison de Sarah Bernard que les visiteurs prenaient en photo..).
Et que cherchons nous à conserver lorsque nous nous retrouvons systématiquement à la boutique souvenirs du musée ?
Je souhaiterais créer donc une sorte de boutique souvenirs éphémère. La forme des objets représentés seraient en lien avec les objets que nous trouvons dans les boutiques de souvenirs en France : boule à neige miniature et appareil photo pour les enfants où une suite d’images touristiques est proposée.
Mais leur sens premier, leur valeur touristique, serait ici détourné au profit d’une réflexion sur l’indépendance. J’imagine donc par exemple de reprendre l’image des statues déboulonnées ou conservées dans les réserves et issues de la période coloniale (la statue de Stanley couchée, une autre avec le pied cassé cf. photo) et de les intégrer dans une boule à neige.
Les suites d’images des appareils photo s’inscrivent aussi dans ce rapport là (ce pourrait être par exemple reprendre l’image de "la tempête" dans le film Lumumba.) Ce sont des objets comme des monuments nomades (je reprends l’expression de Jeanne) et transmissibles.
Le second projet vient de l’histoire de Livingstone. Bien que complètement perdu dans la jungle, il avait pour habitude de bien s’habiller chaque jour à 20h pour dîner, comme s’il allait souper en ville. Il signifiait par ce rituel complètement incongru sa séparation d’avec les autochtones, les "non civilisés" qui l’accompagnaient.
Je pense donc à une performance. L’espace de la performance (environ 3mx3m) est délimité par des barrières, autour desquelles se place le public. Une table est dressée dans cet espace. Chaque soir à 20h, un coucou sonne (un peu à la manière de l’horloge astronomique de Strasbourg). Lorsqu’il sonne, je me change en tenue de soirée et me place à table. (La forme des couverts reste à travailler, le repas -s’il y en a- aussi évidemment). C’est à une sorte de zoo humain que je convie le public, avec moi dans le rôle de l’indigène. Ce repas de Livingstone renvoie directement aux expositions coloniales en inversant le rapport de domination qui y était présent.