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PISTE n°3 : Histoires Strasbourgoises - vendredi 22 janvier 2010 à 19h07 par Eléonore Hellio

_ EXPOSITION COLONIALE DE STRASBOURG EN 1924.

"Du 6 juillet au 19 octobre 1924 se tient sur le terrain du Wacken une « exposition coloniale, agricole et industrielle ». Cette exposition se situe dans la tradition des foires d’exposition alsaciennes qui ont lieu dès 1895 et des expositions coloniales comme celles de Marseille en 1906 et en 1922, de Bordeaux et de Tours en 1923. Mais c’est l’ex- position coloniale internationale de Vincennes en 1931 qui attirera le plus de visiteurs.
À Strasbourg, l’aspect colonial au sein de laquelle on retrouve un village sénégalais de gestion privée et itinérant dans toute la France ne constitue qu’un volet de l’exposition, mais les sources conservées aux Archives de la ville de Strasbourg et de la CUS sont suffisantes pour étudier le discours diffusé à cette occasion par la IIIe République." Infos glannées sur Internet (malheureusement, je ne retrouve pas la référence exacte)

Voilà, suite aux polémiques concernant les zoos humains et la question des expositions coloniales qui revient constamment dans les discussions que ce soit à Strasbourg ou à Kinshasa, cette piste me semble assez intéressante à explorer. D’autant plus que cela permet aussi de se poser des questions sur le musée en tant que concept. Ce projet pourrait être diffusé au "village des artistes" du Centre Culturel Congolais du Zoo de Kinshasa... Tout ça est assez délicat mais pas impossible. Ce projet s’appuierait sur un certain nombre de réflexions menées dont celles de Jean-Claude Moineau. Voici le premier paragraphe de son texte "les nouveaux zoos humains" :

« S’il existe une dignité de l’homme qui mérite l’attention philosophique, c’est surtout parce que les hommes ne sont pas seulement entretenus dans les parcs à thèmes politiques, mais s’y entretiennent eux-mêmes.[1] » Le corps exposé, il y a là de prime abord comme un relent nauséabond de zoo humain. Serait-ce à dire que, à l’époque proclamée de la mort de l’homme et de l’avènement du post-humain, l’humain en serait désormais réduit à se trouver muséifié, exposé comme bête de foire ? Corps à la fois réifié et bestialisé : dernière séquelle en date, à l’époque de la globalisation, de ce que l’historien George Mosse[2] a qualifié de brutalisation de l’histoire (et de l’homme) ? Après le camp de concentration comme, dixit Agamben[3], « paradigme biopolitique du moderne », le zoo humain comme paradigme biopolitique ou « nomos », davantage encore que de l’ère coloniale, de notre contemporanéité ? Ce quand bien même, ainsi que l’ont observé les commentateurs, la souffrance ne serait plus valorisée comme elle l’était dans les performances des années 1970 (Abramović, Pane, Burden, etc.). Non plus tant corps souffrant que, ainsi que le suggère Boris Groys[4] à propos des photos d’Abou Ghraib qu’il a raison de mettre en rapport avec les pratiques artistiques et médiatiques occidentales contemporaines, corps privé de toute dignité humaine (Santiago Sierra).

Petit rappel : "Les zoos humains, symboles inavouables de l’époque coloniale et du passage du XIXe au XXe siècle, ont été totalement refoulés de notre histoire et de la mémoire collective. Ils ont pourtant bel et bien existé, et c’est par dizaine de millions (400 millions selon les estimations les plus basses) que les Européens et les Américains sont venus découvrir, pour la première fois, le « sauvage »â€¦ dans des zoos, des foires, des expositions officielles, des exhibitions ethnographiques et coloniales ou sur la scène des cabarets.Revenir sur cette page essentielle de NOTRE histoire, tel est l’enjeu de ce film, Zoos humains. À partir de documents d’archives, films et photographies inédits, datés des toutes premières années du cinéma autour de 1896, c’est une sorte de voyage sur les traces encore présentes de ces zoos humains : du zoo Hagenbeck de Hambourg au musée de Tervuren à Bruxelles du stade de Wembley à Londres au Jardin d’Acclimatation à Paris du Jardin tropical de Nogent à l’esplanade du quai Branly (qui deviendra le site du musée des arts premiers) où furent exhibés 400 « specimen » d’Africains en 1896… Autant de traces qui prouvent l’énorme impact de ces exhibitions en Occident, et comment le « Sauvage » est devenu une réalité pour des millions de visiteurs." texte de présentation du film zoos Humains d’Eric Deroo, sur une idée originale de Pascal Blanchard.

(Note : Le film reflète assez bien une partie de cet "héritage" concernant les rapports que notre société a entretenu avec les africains. A partir du moment où nous avions tous vu ce film à Strasbourg, il était impossible de ne pas le montrer aux étudiants kinois engagés dans ce travail même si parfois le ton et la musique, bien que typiques de la forme documentaire TV, sont un peu lourds alors que les images et commentaires parlent d’eux-mêmes.)

Voici un ouvrage à trouver assez vite "LA CONSTRUCTION DE L’INCONSCIENT COLONIAL EN ALSACE, Un village nègre sous le froid" écrit par Emmanuel Amougou avec une Préface de Pierre Bourdieu dont voici un extrait :

Emmanuel Amougou procède ici « Ã  une analyse fine de l’exposition coloniale de Strasbourg (en 1924), sorte de test projectif de l’inconscient colonial. Il peut ainsi se donner les instruments nécessaires pour interpréter ses observations directes sur l’état actuel du regard que les Alsaciens portent sur les Africains aujourd’hui. Son constat clinique rigoureux et son diagnostic juste et pondéré le conduisent à proposer une sorte de programme de rééducation qui, en libérant les Alsaciens des fantômes sauvages de leur passé, pourrait leur permettre de porter un regard nouveau, plus lucide et plus généreux, sur les Africains qui sont aujourd’hui parmi eux. »

J’ai d’ailleurs aussi trouvé quelques images alors je vous propose d’organiser très vite une sortie aux archives de la ville où l’on peut trouver les documents originaux.

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Laurent Muller, enseignant à l’université propose ou avait proposé un cours intitulé "Migrations et relations interculturelles" dont voici la présentation :

"Ce cours porte sur les notions de visibilité et d’invisibilité sociale des étrangers. En Alsace, terre d’immigration, la visibilité sociale de l’étranger n’est jamais donnée ni immuable. L’étranger a été tour à tour le Lorrain, le Juif, le Polonais... à présent il est Turc, Arabe ou Laotien... Français un jour, Allemand l’autre, aujourd’hui nous sommes tous Européens ! A Strasbourg, le mise en scène de l’étranger débute par l’exposition coloniale au Wacken en 1924. A présent, c’est entre autres le journal les Dernières Nouvelles d’Alsace qui nous informe du sort réservé aux demandeurs d’asile et sans-papiers du centre de rétention de Geispolsheim... Au niveau de l’espace urbain, les parlementaires et consuls généraux étrangers habitants les beaux quartiers s’opposent symboliquement aux « immigrés » de la cité de l’Ill ou du Neuhof... En matière de politique municipale, passée l’expérience du Conseil Consultatif des Etrangers puis l’érection d’un monument en hommage aux soldats d’Outre-mer à la nécropole de Cronenbourg, le projet de construction d’une mosquée « cathédrale » demeure, lui, en suspend. A l’opposé, la visibilité commerciale des étrangers de la ville affiche son dynamisme du quartier Gare à celui de la Krutenau. Enfin, si dans le tramway seuls des regards furtifs s’échangent entre Strasbourgeois originaires d’ici ou d’ailleurs, mentionnons à l’inverse la multitude des manifestations à l’initiative d’associations d’étrangers et des centres socioculturels favorisant l’échange et les rencontres interculturelles : La fête des peuples à la Meinau, Strasbourg-Méditerranée... Des initiatives salutaires qui, partant du « vivre séparé » pour aller vers le « vivre ensemble », contribuent à un réajustement de la visibilité sociale de l’étranger. Des actions militantes et nécessaires qui vont à l’inverse de la ségrégation et du repli communautaire prôné par les profanateurs de tombes juives et musulmanes... comme par les tenants des intégrismes religieux et politiques, qu’ils appartiennent aux mouvements d’extrême droite ou régionalistes."

Voir son livre : Les résidents étrangers à Strasbourg, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009

Sur l’exposition coloniale de 1924 voir aussi ->
Stéphane GARTNER, L’exposition coloniale, agricole et industrielle de Strasbourg, 1924, mémoire de maîtrise sous la direction d’Odile Goerg, UMB, 1993/1994.
Odile GOERG, « Exotisme tricolore et imaginaire alsacien. L’exposition coloniale, agricole et industrielle de Strasbourg en 1924 », Revue d’Al- sace, 1994, pages 239-268.

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Commentaires (3)

22 janvier 2010 20:31 par Eléonore Hellio
voir aussi le travail de Guillermo Gomez-Pena
23 janvier 2010 13:11 par Eléonore Hellio
Juste pour clarifier les choses parce que je me suis un peu laissée emporter par la notion de dispositif (je ne suis pas la seule d’ailleurs... !) et par un flot d’information. Il ne s’agit donc pas forcément de construire une grosse machine compliquée mais peut-être juste de poser un ou plusieurs actes, ça pourrait être une action mais aussi une forme de conférence à inventer par exemple au village des artistes du zoo de Kinshasa, et surtout la possibilité de débattre des projets de reconstitution du passé qui ont été proposé à Kinshasa tout en faisant des liens avec le passé de la ville dans laquelle nous travaillons, etc... Je me permet donc de rectifier le titre de l’article. Je me rend compte comme il est à ce point difficile d’être clair et comme chaque mot compte dans un projet comme celui-ci. Ca va venir.
3 février 2010 14:50 par Eléonore Hellio
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