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What is Play/Urban about ?

Les urbanités contemporaines dans le monde abordées sous l’angle du vécu et des pratiques de leurs habitants, mis en dialogue avec des pratiques d’artistes entre théâtralité et art contemporain.

L’urbain est ici compris à la fois en tant qu’espace(s) physique(s) et en tant que réseau(x). La pensée des villes aujourd’hui ne s’arrête plus à leur espace physique et, au delà d’une dimension imaginaire, ce sont les questions de mise en réseau mais aussi de migrations, de circulations inter-villes, inter-continents, qui déterminent l’urbain. Play/Urban est donc conçu à la fois comme un ensemble de dispositifs de création en immersion dans des milieu(x) urbains et comme une plateforme 3D en ligne, entre les différentes équipes et villes participant au projet.

Comment via des pratiques d’artistes autour des arts du temps, de la théâtralité, du performatif, du spectaculaire, du scénographique, du jeu, de la relation au spectateur, peuvent s’inventer des dispositifs de création en immersion dans le contexte urbain de grandes villes dans le monde. Comment ces dispositifs de création s’articulent aux pratiques quotidiennes de vie et d’occupation de l’espace (et à leur part de création), aux contextes, aux habitants, aux territoires, les questionnent, les (re)mettent en jeu, et tentent de fabriquer (pour quelques instants ou plus durablement) de l’espace public. Cette notion d’espace public, historiquement liée à l’histoire des villes européennes, est sujet à interrogations dans les contextes urbains des villes émergeantes, les grandes mégalopoles, etc. C’est un enjeu que Play/Urban entend travailler, via des dispositifs dans l’espace urbain, en s’appuyant sur les travaux d’un ensemble de chercheurs (sociologues, historiens, ethnologues…) qui ont travaillé dans des villes comme Dakar, Djakarta, Kinshasa, et bien sur tout particulièrement à Johannesburg qui est un passionnant exemple permettant d’interroger ces enjeux.

5 axes de questionnements constituent le champ théorique du projet(Ces axes sont développés dans la rubrique QUESTIONS) :

Play versus Game pose la question de la place du jeu dans les pratiques urbaines. De nombreuses expérimentations artistiques revisitent la ville comme un terrain de jeu ou d’aventures. Il s’agit ici plutôt d’interroger cette notion en ce qu’elle génère des pratiques, des expériences, du vécu, ainsi que la manière dont ce vécu peut devenir acte de création ou dialoguer avec des actes d’artiste. Le jeu/play fait donc partie des méthodologies que nous expérimentons pour appréhender l’espace urbain et y intervenir. C’est aussi la question du jeu en tant que mode de réception chez le spectateur. La possibilité pour chacun de jouer avec le sens, de s’en emparer, ici d’autant plus intéressante qu’il s’agit de dispositifs qui touchent des publics urbains pas forcément habitués aux espaces et codes de la création contemporaine.

People as infrastructure est un concept développé par le sociologue Abdoumaliq Simone, qui pense la structuration de la ville comme tissu des pratiques tactiques de ses habitants. Il pose la ville, le bâti comme une surface qui résulte des choix faits par ceux qui la vivent et qui la construisent. De même, il fait place à la dimension artistique des pratiques des gens, et permet de travailler des manières de regarder l’espace urbain (Simone parle d’endurance pour décrire la place des pratiques artistiques dans l’espace commun), le tout faisant partie de ce qui constitue les urbanités contemporaines.

Théâtre des opérations considère la ville comme un territoire de conflits où la théâtralité est un élément central de la confrontation / cohabitation entre les populations, ainsi qu’avec les logiques institutionnelles qui fabriquent l’urbain. Comment travailler avec les tensions que génère l’espace urbain et interroger la notion d’espace public dans un contexte mondialisé.

Body politics ou “my body is my country”, interroge l’échelle des corps, la création et l’inscription d’identités individuelles ou de groupe dans la sphère urbaine / publique. Il s’agit ici de questions d’apparences, de « sape », de “dress up”, qui ouvrent sur des questions de genre, d’appropriation et de métissages des codes culturels, vestimentaires, gestuels, musicaux…

Generate audiences : plutôt que de considérer le public comme « captif » d’un moment de représentation (pensée théâtrale), il s’agit de penser des dispositifs qui par capilarité, par glissement, par immersion de gestes artistiques dans la ville, inventent des situations complexes, indéfinies, entre témoin et spectateur, entre quotidien et théâtralité.

POSITIONNEMENT DE PLAY>URBAN

Une particularité de Play>Urban réside dans la manière dont ce projet, au sein d’Ecoles d’Art, aborde les questions relatives à la ville non pas à partir de sa planification ou de son architecture mais dans un rapport d’immersion dans des contextes urbains et dans un côtoiement des pratiques de ses habitants. A partir de pratiques artistiques inscrites dans les contextes urbains Play/Urban tente de faire émerger des questions et enjeux de recherche autour de la vie dans les villes.

Ce programme choisit aussi de regarder et de prendre en compte la réalité des urbanités contemporaines en lien avec le devenir mondialisé des villes, et interroge les différences, réelles ou supposées entre nos villes européennes et les grandes villes émergentes (un axe Johannesburg – Strasbourg amené à s’élargir à moyen terme à d’autres villes – Kinshasa… ). Play>Urban, s’inscrivant en cela dans une perspective post-coloniale, tente de se défaire d’un point de vue européo-centré. Les projets, les expérimentations sont étayés par des travaux menés par des chercheurs extra européens (sociologues, historiens, ethnologues, etc. des pays dits du sud), encore peu connus en France, et dont nous souhaitons publier et traduire certains travaux. Simultanément, du fait des réseaux d’artistes et d’opérateurs culturels qui accompagnent le projet, la possibilité d’inventer des dispositifs de collectif en immersion dans des territoires urbains à priori difficiles d’accès, en tout cas difficiles à appréhender pour qui les regarde de l’extérieur, est une clef de compréhension essentielle et une clef du positionnement de Play>Urban.

L’enjeu de Play>Urban, en s’inscrivant dans des contextes diversifiés de grandes villes du monde (Johannesburg, Kinshasa…) est de renverser la focale : comment des regards, des expériences et des recherches permettent dans un jeu d’allers retours sud-nord de déplacer les critères de compréhension des villes européennes en se dégageant en particulier d’un point de vue trop européo-centré qui tend à restreindre la notion même de ville à l’histoire européenne des villes, en la rendant seule dépositaire de la notion d’espace public.

C’est enfin cette dimension de creative research : une tentative, par divers dispositifs (jeu/play – dispositif de collectif / organicité / immersion / generate audiences) d’assumer des contextes en s’y inscrivant, en y exposant à différents niveaux de visibilité et de restitution publique, et ce dans des villes radicalement différentes, en partenariat avec des artistes et des acteurs locaux. Le tout, en associant des chercheurs à l’ensemble des étapes de ces processus. Car Play>Urban souhaite interroger de manière critique l’écart entre la pratique de création (production artistique) et la recherche (production théorique), et particulièrement la manière dont elles fonctionnent dans le cadre d’un master. Le terme anglais de creative research est en cela intéressant, il nous aide à nommer cet enjeu qu’est la recherche en école d’art.



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