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Stratégie / Tactique > Michel de Certeau & Saidiya V. Hartman

Michel de Certeau, L’invention du quotidien, les arts de faire, Folio essais 1990, p.62.

“Les stratégies sont (…) des actions qui, grâce au postulat d’un lieu de pouvoir (la propriété d’un propre), élaborent des lieux théoriques (systèmes et discours totalisants) capables d’articuler un ensemble de lieux physiques où les forces sont réparties. elles combinent ces trois types de lieu, et visent à les maîtriser les uns par les autres. Elles privilégient donc les rapports de lieu. Du moins s’efforcent elles d’y ramener des relations temporelles par l’attribution analytique d’une place propre à chaque élément particulier et par l’organisation combinatoire des mouvements spécifiques à des unités ou à des ensembles d’unités. Le modèle en a été militaire, avant d’être “scientifique”. Les tactiques sont des procédures qui valent par la pertinence qu’elles donnent au temps – aux circonstances que l’instant précis d’une intervention transforme en situation favorable, à la rapidité de mouvements qui changent l’organisation de l’espace, aux relations entre moments successifs d’un “coup”, aux croisements possibles de durées et de rythmes hétérogènes, etc. A cet égard, la différence entre les unes et les autres renvoie à deux options historiques en matière d’action et de sécurité (des options qui répondent d’ailleurs à des contraintes plus qu’à des possibilités) : les stratégies misent sur la résistance que l’établissement d’un lieu offre à l’usure du temps ; les tactiques misent sur une habile utilisation du temps, des occasions qu’il présente et aussi des jeux qu’il introduit dans les fondations d’un pouvoir. Même si les méthodes pratiquées par l’art de la guerre quotidienne ne se présentent jamais sous une forme aussi tranchée, il n’en reste pas moins que des paris sur le lieu ou sur le temps distinguent les manières d’agir”.

Saidiya V. Hartman, in Scenes of subjection, utilise cette distinction entre stratégie et tactique pour décrire  (je traduis littéralement) ”les formes clandestines de résistance, les illégalités populaires  et la “guerre de position” conduite sous la couverture de l’amusement et des ébats” imposés par les maîtres à leurs esclaves au XIXème siècle aux Etats Unis.

“Exploring the limits of the permissible, creating transient zones of freedom, and reelaborating innocent amusements were central features of everyday practice. Practice is, to use Michel de Certeau phrase “a way of operating” defined by “the non autonomy of the field of action”, internal manipulations of the established order, and ephemeral victories. The tactics that comprise the everyday practices of the dominated have neither the means to secure a territory outside the space of domination nor the power to keep or maintain what it is won in fleeting, surreptitious, and necessarily incomplete victories. The refashioning of permitted pleasures in the effort to undermine, transform, and redress the condition of enslavement was consonant with other forms of everyday practice. These efforts generally focused on the object status and castigated personhood of the slave, the pained and ravished body, severed affiliations and natal alienation, and the assertion of denied needs. Practice is not simply a way of naming these efforts but rather a way of thinking about the character of resistance, the precariousness of the assaults waged against domination, the fragmentary character of these efforts and the transient battles won, and the characteristics of a politics without proper locus”.

Saidiya V. Hartman, Scenes of subjection, terror, slavery and self-making in nineteenth-century america, Oxford university press, 1997. p50-51.

 

 



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